Sept Mouvements de Vie

Un « concert d’images » créé par Gréco Casadesus en 2008.

Etienne-Jules Marey (1830-1904), médecin, ingénieur et physiologiste est l’inventeur du mouvement cinématographique. Éclectique et brillant dans de nombreux domaines, ses travaux et ouvrages intéressent la mécanique des fluides, l’analyse séquentielle, l’aérodynamique, et, bien sûr, la perception du mouvement à partir d’images photographiques.
Il consacra une partie de sa vie à décrire l’invisible en étudiant le mouvement des êtres vivants. Inventeur de la méthode graphique (toujours utilisée de nos jours) – qui permet d’enregistrer, au moyen de capteurs, les déplacements internes, parfois imperceptibles, du corps humain – il imagine et construit de nombreux appareils comme le fameux fusil photographique et une caméra pouvant capter jusqu’à 100 images par seconde (nous sommes en 1888…). Avec Muybridge, Edison et, plus tard, les Frères Lumière, il contribua activement à la naissance du cinéma. Créateur d’un univers esthétique d’une puissance surprenante, tel un Leonard de Vinci, il sut abolir la frontière entre l’art et la science.

Sept Mouvements de Vie est un film musical inédit qui, à partir d’images d’archives, dévoile l’univers fascinant de ce génie. La musique originale que j’ai créée rassemble et unifie une sélection de chronophotographies et films de Marey afin de les replacer dans un contexte global, sorte de fresque commémorative et émouvante. Mariée en parfaite symbiose avec les images, elle trame ainsi un lien intime et invisible entre les œuvres de ce créateur avant-gardiste dont les techniques imaginées et l’esthétique très personnelle démontrent qu’il fut vraisemblablement l’un des tout premiers réalisateurs de l’histoire du cinéma.

L’œuvre est composée de 7 paragraphes (sept mouvements), chacun illustrant une facette particulière du savant, en relation avec les découvertes marquantes qui ont jalonné sa vie : le vol des oiseaux, la locomotion du cheval, l’observation du corps humain, l’oscillation des courbes, etc. La réalisation des 6 premiers paragraphes fut confiée à Sylvie-Jeanne Gander tandis que la dernière séquence, en images de synthèse, réalisée au sein d’Ars Numerica par Norbert & Nicole Corsino ainsi que Patrick Zanoli, transpose les travaux de Marey vers des perspectives résolument contemporaines.

Sept Mouvements de Vie fut créé le 9 octobre 2008 dans la prestigieuse salle de l’Auditorium de Dijon avec l’orchestre de la Camerata de Bourgogne dirigé par Jean-Christophe Ferreaux, le film étant projeté en synchronisation avec l’orchestre. Cette manifestation remporta un vif succès devant un millier de spectateurs.
L’œuvre fut reprise en 2015 et 2016 à Liège et Bruxelles interprétée par l’Orchestre Philharmonique Royal de Liège pour la direction de Mélanie Levy-Thiébaut.

Depuis 2009, la totalité des mouvements a été plusieurs fois diffusée sur la chaîne CinéCinémaClassic.

Un DVD commandité par le Conseil Régional de Bourgogne a vu le jour en 2009 et permet de découvrir la vie et l’œuvre de Marey au travers de trois documents audiovisuels : Sept Mouvements de Vie ainsi que Marey, homme de Bourgogne et Marey, être de génie.

Réflexions & avis

J’ai visionné et écouté votre musique avec beaucoup d’intérêt. S’il est vrai que les travaux de Marey se suffisent seuls, votre musique leur donne une dimension poétique et les métamorphose. Je vous remercie de me l’avoir fait connaître.
Costa-Gavras, réalisateur, président de la Cinémathèque française – avril 2009.

L’ensemble est d’une force poétique étonnante et vous avez bien mis en valeur le côté prémonitoire. La musique est très réussie.
Gilles Jacob, président du Festival de Cannes – novembre 2008.

Et permettez-moi également à mon tour de formuler des compliments sur votre travail dont j’ai aimé la profondeur autant que l’humilité, l’originalité autant que le classicisme.
Thierry Frémaux, délégué général du Festival de Cannes – janvier 2009.

C’est un travail très digne : voir le cinéma naître avant même sa naissance, est un spectacle émouvant. (…). Votre travail est très intéressant car il est discret, respectueux des images, comme si vous n’aviez jamais voulu prendre le pouvoir, et passer devant Marey.
Patrice Leconte, réalisateur. – mars 2009

Les Sept Mouvements

Sept Mouvements de Vie est constitué de sept films inédits réalisés à partir d’images d’archives, excepté le septième, Structurer le temps, qui fut développé en images de synthèse. Cette dernière séquence ouvre ainsi l’univers de Marey vers des perspectives résolument contemporaines.

1/ Prélude à l’histoire du Cinéma
Réalisation de la séquence d’images : Sylvie-Jeanne Gander
Dès 1882, à partir d’expérimentations scientifiques, Marey pose les bases technologiques du cinéma : avec un même appareil, le chronophotographe, il devient en effet possible d’enregistrer en temps réel les phases multiples d’un mouvement et ainsi, de révéler un univers auparavant invisible à l’œil nu. Alors Marey invente et utilise les procédés spécifiques du cinéma et met ses sujets en scène, tout en créant un univers plastique très personnel qui le place ainsi comme le tout premier réalisateur de cinéma.

2/ Ciseler le vol des oiseaux
Réalisation de la séquence d’images : Sylvie-Jeanne Gander
Dès qu’il commença ses recherches, Marey fut fasciné par le vol des oiseaux et l’aboutissement de ses travaux posera, en 1900, les bases de l’aérodynamique moderne. Comme tout chercheur, Marey laissait ses intuitions le guider vers des sphères inconnues : en décryptant le vol des oiseaux, il répond à de nombreuses questions mais, également, crée un univers personnel, onirique, structuré par les performances des machines extraordinaires qu’il construisait pour enregistrer ses constats.

3/ Observer la vie
Réalisation de la séquence d’images : Sylvie-Jeanne Gander
Pour mettre en évidence la relation entre l’observation du mouvement et les manifestations de la vie, Marey, fasciné par le corps humain, invente la première caméra lui permettant d’étudier la dynamique corporelle ; il découvre alors un monde où tout reste à inventer …

4/ Se projeter dans le galop du cheval
Réalisation de la séquence d’images : Sylvie-Jeanne Gander
Existe-t-il un moment où aucun des sabots du cheval au galop ne touche le sol ? Oui. Entre deux battues, il y a un temps de suspension, un temps qui s’évanouit dans un élan gracieux et impalpable.
Dès 1882, Marey observe, explore et analyse la locomotion du cheval pour enfin en découvrir son mystère : les horizons de la chronophotographie deviennent alors évidents et les principes fondamentaux du Cinéma se profilent.
Ses images nous démontrent que le cheval joue autant avec l’élégance qu’avec la pesanteur : ce sera donc une valse lente et aérienne.

5/ Se ressourcer à la Folie
Réalisation de la séquence d’images : Sylvie-Jeanne Gander
Ce film est une évocation des lieux de la mémoire.
Partagé entre la Station Physiologique (son laboratoire à Paris) et Naples (sa résidence d’hiver), Marey aimait venir se ressourcer à la Folie, la propriété familiale près de Chagny, en Bourgogne. Inspiré par la beauté des lieux, il aménage le parc, plante arbres et ceps, construit des observatoires en pierre et fait de la Folie un lieu privilégié pour saisir le vol des oiseaux qu’il cible avec son fusil photographique.
Bien d’autres choses, qui ont résisté au temps, devaient avoir leur charme, comme le vin de la propriété…

6/ Les courbes
Réalisation de la séquence d’images : Sylvie-Jeanne Gander
« Les courbes sont le langage de la nature vivante ». E.J. Marey.
Qu’elles soient mathématiques, esthétiques ou animées, les courbes ont imprégné la vie de Marey. Elles ont continuellement alimenté son désir d’osciller entre sa condition d’homme de science et d’artiste non révélé. S’il s’en méfie parfois, il sait parfaitement utiliser leur pouvoir de séduction pour entraîner et convaincre, et ainsi, creuser le sillon de sa vérité.

7/ Structurer le temps
Réalisation de la séquence d’images :
Nicole Corsino, Norbert Corsino et Patrick Zanoli / [Ars]Numerica
L’observation du mouvement ne peut se faire sans la mise en évidence de la trace du temps.
Marey cherche à dilater la perception du temps; il obtient alors de singulières représentations, annonçant la modélisation. S’inspirant de ce procédé, [ARS]NUMERICA, centre européen pour les arts numériques de Monbéliard, a reconstitué, à partir d’images vidéo, un personnage virtuel en 3 D (une danseuse) qui évolue sur l’axe du temps et montre combien la vision de Marey était prémonitoire…

Marey, inventeur visionnaire

La science et l’art se confondent dans la recherche du vrai (E.J. Marey)
Sa passion pour le cinétisme, tel un géomètre du monde mouvant, l’entraîne à explorer le déplacement de l’athlète, la locomotion du cheval, le vol des oiseaux, les vibrations de la mouche, les ondulations de la raie, la circulation du sang, le flux et le reflux de la mer, jusqu’à la course des nuages… Afin d’obtenir le plus grand nombre possible de phases de décomposition du mouvement pour enfin dévoiler un univers jusqu’à présent invisible à l’œil nu, il invente le chronophotographe à pellicule qui rassemble les principales caractéristiques de la caméra moderne. Pour faire pleinement aboutir ses expériences, il imagine et utilise les procédés fondamentaux du cinéma tels que plans américains, plongées, contre-plongées, travelling, et … motion capture, le trucage le plus utilisé par le cinéma américain. Mais, par-dessus tout, il met ses sujets en scène, tout en créant un univers plastique personnel et unique. Il se place ainsi comme le tout premier réalisateur de cinéma.

Marey naquit à Beaune (un musée lui est dédié depuis 1955) et vécut à Dijon avant de s’installer à Paris pour y fonder la Station Physiologique du Bois de Boulogne, laboratoire où nombre d’expérimentations furent menées avec son assistant, Georges Demenÿ. Il fit également de nombreux séjours à Naples où il réalisa une autre partie importante de ses travaux.

La qualité technique des images tournées par Marey est exceptionnelle : associée à une rare puissance esthétique, elle permet d’en révéler les détails les plus subtils pour finalement dévoiler la poésie qui s’en dégage. Marey, qui, en 1893, avait élaboré avec son assistant, Georges Demenÿ, un atlas intitulé Etudes de physiologie artistique, précédera de trente ans le Futurisme : il rejoint définitivement le monde des artistes qu’il a incontestablement influencés (Marcel Duchamp, Max Ernst,…).

Fiche technique

  • Films & Spectacle
    Concept : Gréco Casadesus
    Réalisation des films : Sylvie-Jeanne Gander
    & Nicole Corsino, Norbert Corsino et Patrick Zanoli [Ars]Numerica
    Production des films : Opus Millésime, Ars Numérica
    Durée du programme : 32 mn 54 sec
  • Enregistrement de la musique :
    Orchestre : La Camerata de Bourgogne (co-réalisateur du concert avec l’Opéra de Dijon)
    Lieu : Opéra de Dijon, Auditorium
    Direction : Jean-Christophe Ferreaux
    Date de l’enregistrement : 10 octobre 2008
    Production de l’enregistrement et Editions musicales : Opus Millésime
    Prise de son et mixage de la musique : Robert Verguet
    Musique & orchestrations : Gréco Casadesus
    Editions musicales : Opus Millésime
    Support de diffusion : Beta numérique, DVD, fichier .mov

Partenaires et soutiens :

La Cinémathèque Française, le Collège de France, le musée Marey et la ville de Beaune, les Archives Françaises du Film, [Ars]Numerica, la division culturelle de la Sacem, Musique en Ligne, la Camerata de Bourgogne, l’Opéra de Dijon, CulturesFrance, Opus Millésime, ABB productions (Anne Bramard-Blagny) et CinéCinémaClassic.

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