Roger Boutry est un homme que j'admire ; compositeur, chef d'orchestre, professeur au CNSM, il dirige l'orchestre symphonique de la Garde Républicaine qui est une excellente formation symphonique. Nous nous sommes connus lorsque j'assumai mes fonctions de directeur artistique chez EMI et nous avons enregistré ensemble plusieurs disques dont deux opéras de Massenet : "Le jongleur de Notre-Dame" avec l'orchestre de Monte-Carlo et "Sapho" avec l'orchestre de la Garde. Une amitié s'est tissée entre nous et nous nous rencontrons souvent.
En 1984, l'orchestre de la Garde est sollicité pour interpréter la musique d'une série de 6 films de 90 minutes pour France 3 destinée à mettre en valeur les enquêtes de gendarmerie : "L"homme au képi noir" avec Jacques Spessier dans le rôle-titre. Roger ne souhaite pas en écrire la musique et me confie cette tâche, ce qui m'enchante. Cela sera ma première grosse production avec orchestre. Nous enregistrons au studio Ferber à Paris et Jean Claudel est l'éditeur de la musique. Nous enregistrons au studio Ferber à Paris et
Jean Claudel est l'éditeur de la musique.
Je rencontre ainsi plusieurs réalisateurs dont
François Dupont-Midi et
Serge Korber avec lequel je vivrai d'autres expériences musicales.
Peu de temps après,
Bernard Dumont réalise une série de documentaires sur la montagne (Les conquérants de l'impossible) et cherche un compositeur. En rentrant dans un bureau, son oreille est attirée par une musique qui le touche : il s'agit, en fait, de l'un de mes disques qu'écoute un autre réalisateur,
Dominique Baron. Ce dernier l'a reçu de mon cousin
Patrice Casadesus, qui est assistant-réalisateur sur de nombreux films et qui porte mon travail en estime. Bernard m'appellera peu de temps après et de cette rencontre va naître une belle complicité nous réunissant sur de nombreux films. Dominique Baron, à son tour, me confiera la musique de l'un de ses films.
En 1993, je rencontre
Jean-Marc Seban qui, convaincu par les chaudes recommandations de Bernard Dumont, m'engage pour la musique d'un épisode de la série "Les cinq dernières minutes". Je ferai 4 films avec Jean-Marc Seban. Entre temps, "Le Poids du Corps", de
Christine François me donne l'occasion d'écrire quelques pages pour quatuor à cordes.
Parmi les sujets ou les réalisateurs qui m'ont marqué, il me faut citer "Jésus" réalisé par
Serge Moati et produit par
Pascale Breugnot (voir la rubrique) ainsi qu'
Étienne Périer. Étienne dispose d'un goût sur, fait des films intéressant, aux sujets inédits et, de plus, il est un excellent clarinettiste. Je ferai trois films avec lui et
Dominique Antoine (sa productrice), films qui resteront en ma mémoire comme des expériences très riches et accomplies.
Enfin, avec
Claudio Tonetti, j'écrirai en 2000 la musique de "L'enfant de la honte", une mini série (2x90 mn). Cette partition est l'une de mes préférées et je prends toujours beaucoup de plaisir à l'écouter.

Barbara Schulz dans
l'Enfant de la Honte |
Une autre expérience intéressante concerne le documentaire que je fis avec
Christian Zuccarelli, "Chinook" : illustré en partie par des musiques originales et par des extraits de "Voyage Immobile", ce film qui retrace les aventures des chiens de traîneaux a connu une belle carrière sur les chaînes TV du monde entier.
J'ai souvent traité la musique des films pour la télévision en m'intéressant bien plus au sujet qu'au format. Cela m'a amené à utiliser la dynamique et l'ampleur de l'orchestre que je me suis permis très vite de métisser avec d'autres sonorités (dès 1984, en fait, date à laquelle le générique de "l'homme au képi noir" est enregistré par l'orchestre de la Garde Républicaine sur une trame élaborée aux synthés).
C'est aussi l'époque où les propositions des musiciens dans les pays de l'Est se sont faites plus accueillantes : les frontières moins rigides, les prix très abordables et le désir d'apporter beaucoup de concentration aux enregistrements furent une opportunité séduisante pour beaucoup de compositeurs. Mais, si mon respect pour la qualité musicale des musiciens français est indéfectible, il me faut bien avouer que beaucoup de partitions symphoniques écrites pour les films TV n'auraient pu exister si je ne les avais enregistrées à l'étranger dans ces conditions très avantageuses.
Voir le reportage sur un enregistrement à Sofia en 2001
Aujourd'hui, un grand nombre de musiques pour l'image s'enregistrent à l'Est, jusqu'en Russie. Les techniques modernes autorisent même l'économie d'un déplacement, le compositeur pouvant, de chez lui, suivre et influer sur l'enregistrement par l'intermédiaire d'internet. Les fichiers enregistrés sont ensuite transmis entre ordinateurs et le tour est joué. Pour ma part, un enregistrement réussi est une expérience qui se vit et se partage avec les musiciens, le chef, l'acoustique de la salle et les techniciens. Car tous ceux qui concourent à atteindre ensemble le but que la musique leur propose, c'est-à-dire créer des émotions, dégagent un magnétisme de proximité qui, influant sur l'interprétation, ne peut être remplacé par les télétransmissions aussi sophistiquées soient-elles.
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