Le théâtre

Le théâtre : un univers singulier (1983-1997)
22 créations musicales pour la scène

Si on exclut l’album Voyage Immobile sorti en 1980, mes premières expériences sérieuses de créations musicales furent consacrées à l’art dramatique, monde magique du théâtre à l’émotion chaque soir renouvelée.
Un comédien, Georges Téran, (devenu par la suite un ami fidèle) que j’avais rencontré lorsque j’avais fait l’expérience particulière d’administrer le Festival de Pau en 1979 et 1980 avec Roger Hanin, était convaincu que j’avais tous les talents pour apporter la dimension musicale que certaines mises en scène demandaient. Avec le recul, je pense qu’il avait sans doute raison… Car, au travers des 22 créations auxquelles j’eus l’occasion de collaborer, il y eut chaque fois une fantastique communion ! Communion avec les metteurs en scène, certes, mais aussi avec, les comédiens qui avouaient être particulièrement soutenus par ma musique à des moments délicats de leur interprétation. Quoi de plus stimulant que d’entendre cela ! Communion également avec les équipes techniques pour rendre une spatialisation la mieux adaptée à la mise en scène et aux dispositifs utilisés. Bref, une belle énergie à prévoir et à distribuer selon certaines règles bien particulières qui ne concernent que le monde du théâtre.

C’est donc en 1983 que je rencontrais Jacques Mauclair, selon, comme cela arrive souvent, une suite d’évènements à l’enchaînement improbable et pourtant concluant.
A la question posée par mon ami Georges, qui avait été engagé pour jouer dans la Cerisaie, – Maître, vous avez déjà choisi la musique de la pièce ?, Mauclair avait répondu sans ambages : J’ai tout ce qu’il me faut ; je vais mettre des chants traditionnels russes…
Mais la maquette que je j’avais concoctée dans la nuit en lisant la pièce changea de cours prévu de choses. Et le lendemain, j’étais engagé pour écrire la musique de la pièce !

De ce fait, l’aventure du théâtre commença et me fit rencontrer simultanément Jacques Mauclair, metteur en scène et directeur du Théâtre du Marais, et Jean Danet, metteur en scène et directeur des Tréteaux de France.
Et après, d’autre personnalités comme Jean Leuvrais et Sylvia Montfort.
Le Théâtre du Marais se situait près de la République et Mauclair en avait fait un lieu étonnant, un théâtre de poche (seuls 100 spectateurs pouvaient tenir assis) qui, à l’instar du théâtre de la Huchette, avait son style et son public. Pendant dix ans, je fus le « musicien de Mauclair » et j’en étais fier. Je garde un souvenir très fort et très positif de cette période.
Un phénomène similaire se produisit avec les Tréteaux de France et son directeur, Jean Danet.
Danet avait créé son propre chapiteau en 1959 dans le but de présenter le meilleur des œuvres théâtrales dans des lieux les plus inattendus comme les places de village ou les parcs de châteaux. La structure, modeste au départ, devint un Centre National Dramatique disposant d’une machinerie très sophistiquée. Un chapiteau chauffé de 560 places couvert d’une toile tendue sur deux mâts, était replié après chaque représentation pour repartir dans la nuit vers d’autres contrées où un public, le plus souvent privé de lieux de spectacles, l’attendait impatiemment.

Lorsque les Tréteaux fêtèrent leur trentième anniversaire, en 1989, j’écrivis ce texte qui résume bien l’esprit particulier de cette entreprise :

« Et soudain la toile s’arc-boute, se mettant à battre au rythme des éléments qu’elle protège, filtrant subtilement ceux qu’elle tient en respect pour n’en laisser transpirer que l’essentiel. Les clefs de voûte de ce temple de tous les arts sont admirables parce qu’elles sentent à la fois les mains rêches et le cœur pur.
Avec le rugissement des camions dans l’hiver du petit jour, se mêlent encore les derniers accents d’un Giraudoux ou d’un Beaumarchais.
Être compositeur aux Tréteaux, c’est respecter un équilibre, une harmonie, le rapport privilégié des êtres et des sons, pour que le théâtre vive de tout son soûl. »

Ces intenses collaborations me permirent de vivre des émotions uniques, des inquiétudes, des remises en question et des joies intenses en passant par l’euphorie des honneurs avec deux belles distinctions :
En1989, l’Avare et Jacques Mauclair, reçurent le « Molière » du meilleur spectacle de l’année monté par une compagnie privée tandis qu’en 1992, Jean Danet, récoltait un « Molière » d’honneur pour son travail accompli avec les Tréteaux de France. A chaque fois, bien entendu, la troupe au grand complet était associée à ces lauriers.

Mon expérience de création musicale au théâtre est synonyme d’expérimentation.
J’avais acquis, au fur et à mesure, un certain nombre d’appareils électroniques plus sophistiqués les uns que les autres. Synthétiseurs, ordinateurs, échantillonneurs, générateurs d’effets, enregistreurs numériques, etc. étaient venus révolutionner ces années 80 comme des outils puissants de transformation du signal sonore. J’en fus vite friand car ils représentaient pour moi un moyen efficace et rapide de concrétiser les nombreuses idées musicales qui me venaient et de permettre leur adaptation à la scène avec un degré de précision accru grâce aux maquettes, brouillons musicaux évolués qui réglaient, en amont, un certain nombre de points de la mise en scène.

J’ai toujours considéré ces appareils plus comme des instruments que comme des machines. Je les ai joués, avec ma sensibilité, mes techniques et ils m’ont apporté beaucoup : de l’efficacité, de la confiance, un style particulier et parfois, une réponse acceptable aux budgets limités qui étaient proposés.
Ce qui ne m’empêcha pas d’écrire et d’orchestrer pour des formations orchestrales et même symphoniques, comme la musique de l’Aiglon qui reste, avec celle de l’Avare, l’une de mes plus belles expériences.

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